L’avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE), intitulé « pertes et gaspillage alimentaires au Maroc : l’ampleur et les enjeux pour agir efficacement », élaboré dans le cadre d’une auto-saisine, s’est attaché à examiner les causes et les impacts de ce phénomène dans notre pays. Il propose un ensemble de leviers d’action susceptibles d’impulser une transformation durable des modes de production, de distribution et de consommation, en cohérence avec les finalités de durabilité, de souveraineté et de sécurité alimentaires poursuivies au niveau national. Il a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée générale du CESE, tenue le 24 avril 2025.
L’avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE), intitulé « pertes et gaspillage alimentaires au Maroc : l’ampleur et les enjeux pour agir efficacement », élaboré dans le cadre d’une auto-saisine, s’est attaché à examiner les causes et les impacts de ce phénomène dans notre pays. Il propose un ensemble de leviers d’action susceptibles d’impulser une transformation durable des modes de production, de distribution et de consommation, en cohérence avec les finalités de durabilité, de souveraineté et de sécurité alimentaires poursuivies au niveau national. Il a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée générale du CESE, tenue le 24 avril 2025.
À l’échelle mondiale, selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), 13,2 % des denrées alimentaires seraient perdues entre la récolte et la vente au détail en 2022, tandis que près de 19 % de la production totale est gaspillée au niveau des ménages, de la restauration et du commerce. Cette tendance se matérialise également au Maroc : selon l’indice de gaspillage alimentaire du PNUE (2024), les ménages marocains auraient jeté 4,2 millions de tonnes de nourriture en 2022, soit en moyenne 113 kg par habitant et par an, contre 91 kg en 2021.
Les pertes et gaspillage alimentaires (PGA) se produisent tout au long de la chaîne de valeur. En amont, lors de la production, de la récolte, du stockage et du transport, certaines filières notamment les fruits, légumes et céréales, enregistrent des pertes comprises entre 20 et 40 %. En aval, elles découlent de pratiques commerciales et de consommation inappropriées, liées aux habitudes de surachat, au manque d’information sur la conservation des produits et à une valorisation encore très insuffisante des invendus.
Les PGA représentent un coût économique significatif pour les producteurs et les distributeurs et pourraient potentiellement affecter la disponibilité alimentaire et accroître la vulnérabilité des ménages les plus modestes. Elles exercent également une pression accrue sur les ressources naturelles : plus de 1,6 milliard de m³ d’eau seraient mobilisés chaque année pour produire des denrées in fine non-consommées. Par ailleurs, la décomposition des déchets alimentaires contribue à la pollution et aux émissions de gaz à effet de serre, mettant en évidence la nécessité d’une action concertée pour réduire ces pertes.
Conscients de ces défis, les acteurs publics et privés ont lancé un ensemble d’initiatives qui demeurent, néanmoins, dispersées et insuffisamment coordonnées. L’absence d’un cadre juridique spécifique, d’une vision nationale cohérente et partagée ainsi que de mécanismes de suivi structurés, limite l’efficacité des actions entreprises. De surcroît, un système de gouvernance fragmenté entre plusieurs institutions ne permet pas d’assurer une réponse intégrée pleinement à la hauteur des enjeux.
Dans sa vision, le CESE positionne la lutte contre les PGA comme un enjeu important, devant être placée au cœur d’une future stratégie nationale d’alimentation durable, dont il recommande vivement l’élaboration. Une telle stratégie viserait non seulement à réduire les PGA, mais également à renforcer la souveraineté et la sécurité alimentaires, en préservant les ressources naturelles et en optimisant les importations de denrées et d’intrants. Cette stratégie poursuivrait également la finalité de promouvoir un modèle alimentaire durable, socialement équitable, résilient face aux crises et aligné sur le mode de consommation des Marocains.
Dans cette perspective, le CESE propose l’adoption d’un plan d’action ciblé pour la réduction des PGA, susceptible d’être ultérieurement intégré à la stratégie nationale d’alimentation durable. Un ensemble de recommandations ont ainsi été formulées, dont il est permis de citer :
- Élaborer une loi anti-gaspillage et pertes alimentaires visant à :
- interdire la destruction ou le rejet des invendus et en faciliter la redistribution via les associations, orphelinats et banques alimentaires ;
- encourager la cueillette, la récolte et la commercialisation des produits agricoles de deuxième qualité ;
- clarifier et harmoniser les dates de péremption, en distinguant « à consommer jusqu’au » (sécurité) et « à consommer de préférence avant » (qualité), tout en permettant, lorsque cela est possible, de prolonger la durée de vie des produits ou de supprimer certaines dates jugées inutiles.
- Mettre en place un mécanisme de gouvernance fédérant les ministères, le secteur privé et la société civile, afin de coordonner les actions et assurer la cohérence des interventions de lutte contre les PGA à tous les niveaux.
- Créer un observatoire national des PGA chargé de centraliser les données, produire des indicateurs et analyses stratégiques et proposer des mesures correctives adaptées aux réalités locales.
- Intégrer les objectifs de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires dans l’ensemble des politiques publiques sectorielles. Cette intégration devrait également s’inscrire dans le cadre du pacte de l’exemplarité de l’administration, en particulier au sein des services publics offrant des prestations de restauration, tels que les hôpitaux, les établissements scolaires, les centres sociaux et les établissements pénitentiaires.
- Développer des infrastructures adaptées de stockage et de transport dans les zones à fort potentiel agricole, notamment des silos hermétiques et des chambres froides solaires, pour prolonger la durée de vie des produits périssables.
- Installer, à l’échelle communale, des unités de transformation de proximité, y compris des mini-unités mobiles pour traiter rapidement les récoltes et valoriser localement les produits périssables.
- Favoriser les circuits courts et renforcer la régulation des marchés dans l’optique de réduire le nombre d’intermédiaires, limiter les pertes liées au transport et à la logistique et améliorer la rémunération des producteurs.
- Inciter et soutenir les entreprises à intégrer des pratiques de recyclage et de réutilisation dans leurs processus de production et de distribution.
- Encourager les entreprises intervenant à différents maillons de la chaîne alimentaire à effectuer des dons en nature, portant sur leurs surplus ou sur des produits exposés au risque de perte ou de gaspillage, conformément à l’article 10-B-2° du Code général des impôts, qui autorise la déduction des coûts des dons, y compris en nature, au profit des associations reconnues d’utilité publique.
- Développer des applications numériques dédiées à la gestion des stocks, à la traçabilité des produits et à la redistribution rapide des invendus, notamment au profit des réseaux de solidarité et d’action caritative.
- Soutenir les solutions citoyennes anti-gaspillage, telles que les frigos solidaires et les applications de dons alimentaires, pour renforcer les actions locales à fort impact social.